Luces Distantes

(2020-…)

Associant photographies, textes et vidéos, Luces Distantes est un projet participatif sur des communautés autochtones de l’Urabá, au nord de la Colombie, organisées en zones pacifistes pour résister à la spoliation et à la déforestation de leurs terres. Il est pensé sur un double questionnement : comment rendre visible l’éco-résistance d’une minorité là où préserver la vie de ses acteurs impose de ne pas montrer leur visage ? Comment cette contrainte fait-elle évoluer une recherche sur le portrait comme représentation de la personne par ses liens culturels et environnementaux ?

Le projet a été développé entre février et mars 2020, en immersion dans trois communautés afro-colombiennes, descendantes d’esclaves marrons, qui se sont auto-proclamées « zone humanitaire » ou « zone de biodiversité ». Ce mode d’organisation original interdit ces enclaves à tout acteur armé du conflit. Il vise à opposer la non violence aux pressions – assassinat, corruption – exercées par les agro-industriels et les groupes narco-paramilitaires. Contrôlant la région, ceux-ci s’approprient illégalement les terres, défrichant l’une des zones humides, jungle et marais, parmi les plus biodiverses de la planète.

Dans une démarche collaborative avec les villageois, en demande de visibilité, ont été conçues une série de vidéos et quatre séries photographiques qui traduisent leur lutte tout en déjouant l’identification : dans ces dernières, ils ont recours à des masques végétaux, ou se font représenter par une partie de leur corps et une plante, propositions accompagnées de textes de leur main ; se font photographier de nuit en infrarouge, ou encore selon un protocole permettant de superposer numériquement leurs visages. La variété de ces propositions fait écho à l’ambition du projet, qui est d’être au plus près d’une résistance pour la diversité humaine et non-humaine. Elles dessinent une identité, et une territorialité, redéfinies par la mondialisation : fragmentées, transpercées par les réseaux tout autant que reliées au vivant.

Pdf du projet :


MASCARAS

Sept portraits de villageois portant des masques fabriqués à partir de plantes. Ils sont majoritairement accompagnés de textes sur calicots, écrits de leurs mains. Signés sous des alias, ces derniers libèrent une parole directe sur le lien qu’ils entretiennent avec leur environnement territorial, la nécessité et le danger de défendre celui-ci. Ces textes, sur tissu original ou sous la forme d’une édition photographiée, forment avec les portraits des diptyques.


CUERPOS Y PLANTAS

Représentation des villageois par photographies d’une partie de leur corps et d’une plante de leur biotope à laquelle ils demandent de les représenter. Composés de une à trois images, ces dix-huit « portraits environnementaux » sont également accompagnés de textes manuscrits sur calicot dans lesquels les villageois disent, sous alias, leurs engagements et leurs peurs. Sur tissu original ou sous la forme d’une édition photographiée, ils forment avec les portraits des polyptyques.


VOCES DISTANTES

Onze vidéos (environ 1 mn 40 chacune) dans lesquelles les villageois filment l’artiste en train de lire leurs textes dans les paysages plantés des essences choisies pour les représenter.  La plupart sont en cours de post-production :

Voz de Gabo
Vidéo, 1 mn 32, 2020

Voz de Agua,
Vidéo, 1 mn 44, 2020

Voz de Patricia
Vidéo, 1 mn 39, 2020


Apariciones

La quarantaine de prises de vue nocturnes de cette série a été réalisée dans l’obscurité, à l’aveugle, avec une caméra de chasse infrarouge Minox. En surexposant les yeux et la peau, cette technique rend les traits du visage méconnaissable. En échange avec les villageois, il s’agissait, par un imaginaire relevant du conte et du « réalisme magique », d’évoquer la peur que ceux-ci vivent au quotidien. Ces photographies sont destinées à des impressions UV sur verre, et exposées sur des étagères, individuellement ou en frises à la composition libre.


Depix

Série de quatre portraits composites réalisés par superposition de plusieurs visages photographiés, créant ainsi un nouveau visage fictif. La composition est réalisée en post-production numérique, par assemblage de calques Photoshop. Pour générer ces calques, la première étape a été de photographier une bâche à motif de camouflage pixellisé, du type utilisé par les groupes paramilitaires. Chacune des cinq couleurs pixellisées du camouflage a ensuite été isolée afin de créer une couche correspondante à partie du visage de chaque personne photographiée. Ainsi, la partie du portrait d’une femme correspondant aux pixels kakis se retrouve superposé à la partie du portrait d’une autre femme correspondant aux pixels bruns, et ainsi de suite pour les autres couleurs. Par ce protocole, Depix évoque le caractère collectif d’une résistance, tout autant qu’un déplacement de la lutte sur le territoire des réseaux numériques

Documents relatifs


TEXTES ET ENTRETIENS

2021
Entretien avec Julien Petit, curateur au MAMU (Bogota) “Lumières distantes”
BoumBang.com

2020
Léon Mychkine
“Les recherches d’une éthique indiciaire de la photographie chez Marc Lathuillière”
Art-icle.fr

2021
Fares Chalabi Des cristaux et des masques – sur la photographie cristalline et fabulatoire de Marc Lathuillière”
TK-21.com

PRESSE

2020
RFI – Journal des Amériques,
interview sur Crecer, Resistir par Marie Normand

Sorbonne ArtGallery – Interview sur l’exposition Crecer, Resistir, 16 novembre 2020

PUBLICATIONS

2021
Crecer, Resistir, catalogue d’exposition, Sorbonne Editions

Expositions