(2020-…)
Luces Distantes est une alliance création-résistance tissée depuis 2020 avec des communautés afro-descendantes de l’Urabá, une zone de conflit au nord de la Colombie, à la frontière du Panama. Organisées en Zones humanitaires et Zones de biodiversité, statut qui les interdit à tout porteur d’armes, celles-ci tentent de défendre leurs terres, jungle et zones humides, contre la déforestation, les agro-industriels et les narco-paramilitaires qui tentent de les leur arracher par la force. Pensé dans le cadre de cette contrainte, le processus artistique est construit sur trois de leurs demandes vitales : désir de rendre visible leur lutte non-violente, nécessité de protéger la vie des leaders, capacitation afin de renforcer leurs structures. En réponses à celles-ci sont inventés conjointement des médias de résistance environnementale associant photographies, films, écrits et processus collaboratifs.
Dans une approche située du côté du divers, la première phase du projet, en 2020, a vu le développement de cinq séries associant photographies, vidéos et écrits participatifs. Elles présentent les villageois en lutte, non comme des individus isolés et reconnaissables, ce qui les aurait mis en risque, mais comme membres de collectifs humains et non humains, reliés à leurs environnements. Á partir de 2022, à l’invitation de La Madre Unión, le projet s’est focalisé sur cette communauté, accompagnant la co-création et la capacitation de son groupe environnemental, les Guardianes Madre Árbol (Gardiens de mère arbre). Celui-ci est destiné à leur permettre de parler et d’agir à visage découvert. La conception d’un logo, de tenues vestimentaires, d’une visibilité par les réseaux sociaux et les expositions, s’est accompagnée du tournage d’un court métrage de fiction documentaire co-signé avec les Guardianes, Ser Guardianes Madre Árbol. Soutenu par le Cnap et AM Art Films, il a été lauréat du prix Forest Ecosystem / Earth Photo à Londres en 2024.
L’alliance s’étend également par des processus collaboratifs internationaux : en 2023, Sueños (Rêves), un échange transatlantique de textes-rêves de soutien écrits sur des oreillers entre auteurs·tricces basé·es à Paris d’un côté et Guardianes de l’autre ; en 2024, Cometas (Cerfs-volants), écoconception collaborative d’un cerf-volant portant deux poèmes manuscrits entrelacés, le premier de l’anthropologue britannique Tim Ingold, qui s’est ainsi impliqué dans le projet, le second étant la réponse de la communauté. Baptisé TierraCielo, ce cerf-volant est conçu pour porter ces messages au-delà des frontières de la Colombie à travers d’expositions et des vols performatifs.
En attendant la mise en ligne sur cette page de l’intégralité du projet – toujours en cours – une synthèse est présentée sur les PDFs Luces Distantes et Cometas :
Pdf de LUCES DISTANTES :
Pdf de COMETAS :
MASCARAS
Sept portraits de villageois portant des masques fabriqués à partir de plantes. Ils sont majoritairement accompagnés de textes sur calicots, écrits de leurs mains. Signés sous des alias, ces derniers libèrent une parole directe sur le lien qu’ils entretiennent avec leur environnement territorial, la nécessité et le danger de défendre celui-ci. Ces textes, sur tissu original ou sous la forme d’une édition photographiée, forment avec les portraits des diptyques.
CUERPOS Y PLANTAS
Représentation des villageois par photographies d’une partie de leur corps et d’une plante de leur biotope à laquelle ils demandent de les représenter. Composés de une à trois images, ces dix-huit « portraits environnementaux » sont également accompagnés de textes manuscrits sur calicot dans lesquels les villageois disent, sous alias, leurs engagements et leurs peurs. Sur tissu original ou sous la forme d’une édition photographiée, ils forment avec les portraits des polyptyques.
VOCES DISTANTES
Onze vidéos (environ 1 mn 40 chacune) dans lesquelles les villageois filment l’artiste en train de lire leurs textes dans les paysages plantés des essences choisies pour les représenter. La plupart sont en cours de post-production :
Voz de Gabo
Vidéo, 1 mn 32, 2020
Voz de Agua,
Vidéo, 1 mn 44, 2020
Voz de Patricia
Vidéo, 1 mn 39, 2020
Apariciones
La quarantaine de prises de vue nocturnes de cette série a été réalisée dans l’obscurité, à l’aveugle, avec une caméra de chasse infrarouge Minox. En surexposant les yeux et la peau, cette technique rend les traits du visage méconnaissable. En échange avec les villageois, il s’agissait, par un imaginaire relevant du conte et du « réalisme magique », d’évoquer la peur que ceux-ci vivent au quotidien. Ces photographies sont destinées à des impressions UV sur verre, et exposées sur des étagères, individuellement ou en frises à la composition libre.
Depix
Série de quatre portraits composites réalisés par superposition de plusieurs visages photographiés, créant ainsi un nouveau visage fictif. La composition est réalisée en post-production numérique, par assemblage de calques Photoshop. Pour générer ces calques, la première étape a été de photographier une bâche à motif de camouflage pixellisé, du type utilisé par les groupes paramilitaires. Chacune des cinq couleurs pixellisées du camouflage a ensuite été isolée afin de créer une couche correspondante à partie du visage de chaque personne photographiée. Ainsi, la partie du portrait d’une femme correspondant aux pixels kakis se retrouve superposé à la partie du portrait d’une autre femme correspondant aux pixels bruns, et ainsi de suite pour les autres couleurs. Par ce protocole, Depix évoque le caractère collectif d’une résistance, tout autant qu’un déplacement de la lutte sur le territoire des réseaux numériques
Documents relatifs
TEXTES ET ENTRETIENS
2021
Entretien avec Julien Petit, curateur au MAMU (Bogota) “Lumières distantes”
BoumBang.com
2020
Léon Mychkine
“Les recherches d’une éthique indiciaire de la photographie chez Marc Lathuillière”
Art-icle.fr
2021
Fares Chalabi “Des cristaux et des masques – sur la photographie cristalline et fabulatoire de Marc Lathuillière”
TK-21.com
PUBLICATIONS ET VIDÉOS
2023
Grow Up, catalogue d’exposition, Kehrer Verlag / Fondation MRO
Sorbonne ArtGallery – Interview sur l’exposition Crecer, Resistir, 16 novembre 2020
PRESSE
2023
Art Press – « Arles, les Rencontres de la photographie », Marc Donnadieu, 09.2023
Impact Art News – « Expositions en France : un été phyto-sensible« , Pauline Lisowski et Aloïs Loizeau, 07.2023
Lacritique.org : « Rencontres d’Arles : un état de conscience en 2023 », David Gauthier, 15.07.2023
2020
RFI – Journal des Amériques,
interview sur Crecer, Resistir par Marie Normand




































































