Fractal Spaces

(2013 – 2019)

Interrogation sur notre rapport à l’ère industrielle et sur sa représentation, Fractal Spaces est un corpus de photographies de paysages périurbains contrecollées sur miroir. Elles ont été prises pour l’essentiel en vallée du Rhône, région la plus industrialisée de France, lors d’une résidence en 2016 à Moly Sabata sur invitation du Creux de l’enfer. Les angles du vue – à travers des branches d’arbres en bourgeonnement – suggèrent qu’il y est question moins de ruine que de mutation.

Les paysages de Fractal Spaces miment, pour les détourner, les codes établis de la photographie de territoire : usines, cités HLM, zones commerciales ou pavillonnaires sont représentées à distance, sous un ciel pâle et sans figure humaine. Ces stéréotypes de l’imagerie contemporaine sont mis en doute par deux formes de superposition.

Le premier, le rideaux d’arbres devant l’arrière-plan construit, opère un retournement de perspective : ce n’est pas, comme dans la photographie topographique classique, la nature altérée qui est regardée par l’homme, mais bien elle qui guette des espaces industriels menacés. Il s’agit de placer le point due vue du côté du non humain, qu’il soit végétal ou animal. Celui-ci questionne le processus de désindustrialisation actuel, généré par une économie en réseau dans laquelle notre rapport au monde s’étend en arborescences fractales.

Le second masquage passe par la technique employée : un tirage transparent, contrecollé sur miroir. Le reflet de la végétation et des architectures dans le tain du miroir, sur des plans différents, invite à une lecture plus spéculaire que documentaire. La pièce est activée par le regardeur, invité à se situer par rapport à l’image, et à la réalité que réfracte celle-ci. C’est ainsi une tentative de brouiller, à l’ère de l’anthropocène, la césure entre nature et culture, regardeur et paysage, sujet et objet.


Fractal Table

(2018 - ... )

« Sur cette table de dessin industriel, c’est bien le territoire de l’oeuvre qui se déploie en rhizome, voyageant sans cesse entre les mots et les images ».

Héloïse Conesa, entretien pour The Photocaptionist, août 2019

Pièce centrale de l’exposition Fractal Factory à la Galerie Binome (2018), Fractale Table #01 a été conçue comme un prototype. Sur une ancienne table de dessin industriel mise au rebut par un miroitier a été adapté un plateau couvert d’une feuille d’acier. Comme dans un laboratoire photographique, cette surface permet de fixer par des aimants tirages, transparents et maquettes d’œuvre, superposés à des miroirs. Evolutive – cinq versions successives ont été exposées – et potentiellement mobile, elle vise à brouiller les frontières entre studio, meuble d’exposition et installation.

Si elle a été conçue en lien avec la série Fractal Spaces, elle s’ouvre à la réinterprétation d’autres corpus - images, textes, archives – ayant trait aux bouleversements sociétaux et environnementaux qu’entraine la mondialisation. La transformation de ce mobilier obsolète de l’ère industrielle en une pièce sculpturale convoque en effet différentes références : les lutrins des bibliothèques pré-numériques tout comme les consoles de commande des chaînes d’usine ou les écrans à fenêtres multiples de l’informatique. Sur l’espace de la table, images et textes sont mis en lien, réfractés par les miroirs, et contextualisés par les reflets de l’espace d’exposition et des visiteurs.

Documents relatifs


CRITIQUES ET ENTRETIENS

2019
Entretien Héloïse Conesa – Marc Lathuillière
Refracting
The Photocaptionist

2021
Fares Chalabi Des cristaux et des masques – sur la photographie cristalline et fabulatoire de Marc Lathuillière”
TK-21.com

PUBLICATIONS

2020
Quelque chose noir, catalogue, Galerie Gradiva

Expositions